Agir contre les violences exercées contre les sans-papières
et
les femmes étrangères disposant d'un titre de séjour précaire
Les violences exercées
par les hommes contre les femmes peuvent atteindre toutes les femmes.
Cependant, les femmes sans titre de séjour ou disposant d’un titre de séjour
précaire se trouvent dans une situation juridique et économique qui les place
tout particulièrement dans une situation de dépendance vis-à-vis de leur
entourage, et notamment de leur conjoint ou de leur famille proche (père,
frères, beaux parents…). Cette dépendance est d’autant plus génératrice de
violences et d’abus de toute sorte (esclavage domestique, exploitation
sexuelle, violences physiques et morales)que les agresseurs ont parfaitement
conscience de la crainte qu’ont les sans-papières ou les femmes en situation
administrative précaire à
s’adresser aux autorités policières et judiciaires, et donc de l’impunité qui
en découlent pour eux.
Quand la délivrance ou
le renouvellement du titre de séjour
dépend du maintien de la
vie commune avec l’auteur des violences,
la situation est
particulièrement dramatique.
Nous sommes de plus en
plus alertées par des femmes confrontées à de telles situations, soit dans
l’impossibilité de se séparer d’un conjoint violent, soit menacées d’une
reconduite à la frontière en cas de séparation.
L'obtention d'un titre
de séjour durable est une condition pour qu'elles puissent s'affranchir de ces
violences. Nous pensons qu’une action commune et organisée contre les violences
visant les sans-papières et les étrangères en situation administrative
précaire, et pour obtenir la garantie de délivrance ou de renouvellement de
leur titre de séjour est nécessaire et possible.
La circulaire du
ministère de l’intérieur du 19 décembre 2002 évoque à deux reprises la
situation des femmes “ victimes de violences, répudiations et mariages
forcés ”. Mais leur régularisation reste à la discrétion des préfectures
et des commissions du titre de séjour, au “ cas par cas ”.
Sans pour autant
négliger la revendication du droit d’asile pour les femmes et les jeunes filles
subissant des persécutions sexistes dans leur pays, nous vous appelons à
revendiquer ensemble un titre de séjour de plein droit pour toutes les femmes
et jeunes filles qui sont en France:
·
victimes de violences conjugales, mais dont le titre de séjour
dépend du maintien de la vie commune avec leur mari ou compagnon, ce qui inclut
aussi les femmes subissant la polygamie de leur conjoint et les femmes
répudiées et abandonnées sans droit et sans ressources
·
contraintes à un retour forcé dans leur pays par leur mari ou leurs
parents, à la suite duquel elles perdent leur droit au séjour
·
victimes d’une exploitation sexuelle, soit du fait du système
prostitutionnel, soit du fait de cette contrainte au mariage pour avoir un toit
et des papiers
·
se trouvant en France à 18 ans sans titre de séjour car elles sont
entrées en France mineures et hors des procédures de regroupement familial
Nous demandons
également :
·
l’application pour toutes les personnes vivant en France du code
civil français, et non pas des codes de statuts personnels discriminatoires
·
que les consulats français aident les femmes retenues de force
dans le pays de leur parent ou de leur conjoint et à qui leur titre de séjour a
été confisqué pour les empêcher de rentrer en France et délivrent des visas aux
femmes victimes de violences et voulant se rendre en France
Nous
vous proposons
·
de recueillir et rassembler des témoignages sur les violences
subies par les sans-papières et étrangères en situation administrative précaire
et sur les décisions des autorités françaises à leur égard
·
de les rendre publics, d’alerter les médias, afin qu’une prise de
conscience puisse avoir lieu au delà des groupes déjà actifs dans ce domaine.
·
puis d’organiser une action collective de grande ampleur dans
toute la France en direction des pouvoirs publics français (ministère de
l’intérieur, préfectures, affaires étrangères…).
Si vous êtes d’accord,
faites nous le savoir, afin qu’on convienne d’une réunion de l'ensemble des
groupes et personnes intéressés dans la région parisienne et d’un
fonctionnement en réseau à l’échelle nationale.
Rajfire, février 2003
C/o Maison des femmes, 163 rue de Charenton, 75012 Paris Rajfire@wanadoo.fr