Février
2004
Femmes, hommes, de culture musulmane, croyants,
agnostiques, ou athées , nous dénonçons, avec la plus grande vigueur, les
déclarations et actes de misogynie, d¹homophobie et d¹antisémitisme dont nous
sommes témoins depuis un certain temps ici en France, et qui se revendiquent de
l¹islam. Nous voyons se manifester, là, une trilogie caractéristique de
l¹islamisme politique qui sévit depuis longtemps dans plusieurs de nos pays
d¹origine, contre lequel nous avons lutté et sommes résolus à lutter encore.
Profondément partisans de l¹égalité des droits entre les sexes, nous combattons
l¹oppression dont sont victimes les femmes soumises aux codes de statut
personnel, comme c¹est le cas en Algérie (sur ce point, l¹avancée récente du
Maroc éclaire d¹une manière encore plus crue le retard algérien), et parfois
même en France, par le biais des conventions bilatérales. Nous sommes
convaincus qu¹il ne peut y avoir de démocratie sans cette égalité des droits.
Et c¹est dans cette mesure que nous soutenons, sans ambiguïté, la campagne
"20 ans, barakat ! " (20 ans, ça suffit !) engagée par les
associations de femmes algériennes, et qui doit culminer en mars 2004,
demandant la suppression définitive du code de la famille, contre lequel elles
se battent depuis vingt ans. C¹est aussi pour cette raison que nous nous
opposons au port du voile islamique, quelle que soit la position de chacun
d¹entre nous sur l¹opportunité d¹une loi l¹interdisant dans les écoles en
France aujourd’hui. Nous avons vu des amies ou des proches mourir en Algérie
parce qu¹elles refusaient de le porter, et nous nous disons que, s¹il est vrai
que la floraison actuelle de voiles en France a trouvé un terreau dans les
discriminations dont sont victimes les enfants issus de l¹immigration, en aucun
cas elle n¹y a trouvé une cause, et certainement pas un rappel de la mémoire
maghrébine : il y a bien, derrière ce prétendu " choix " dont se
réclament un certain nombre de filles voilées, une volonté de promouvoir une
société politique islamiste, s¹appuyant sur une idéologie militante active sur
le terrain et affichant des valeurs dont nous ne voulons pas.
Pour les islamistes comme pour tous les machistes
et intégristes , "être un homme" veut dire avoir le pouvoir sur les
femmes, y compris le pouvoir sexuel. À leurs yeux, tout homme qui est pour
l¹égalité entre les sexes est potentiellement un sous-homme, un
"pédé". Ce mode de pensée est récurrent depuis la montée de
l¹islamisme politique, et sa férocité n¹a d¹égal que son hypocrisie. L¹un des
organisateurs de la manifestation du samedi 17 janvier 2004 en faveur du voile
déclare qu¹"il est scandaleux que des gens qui se sentent choqués par le
foulard ne se sentent pas choqués par l’homosexualité ": pour lui, sans
doute, une société vertueuse est une société qui enferme les femmes derrière
des voiles, et les homosexuels derrière des barreaux, comme on l¹a vu faire en
Égypte. On frémit en pensant à ce que ces théories, si elles venaient à
triompher, entraîneraient pour les " impudiques ", à savoir les
femmes non voilées, les homosexuels, ou les mécréants. Nous considérons, au
contraire, que la reconnaissance de l¹existence de l¹homosexualité, et la
liberté pour les homosexuels de mener leur vie comme ils l¹entendent, est un
indéniable progrès : à partir du moment où un individu ne contrevient pas aux
lois qui protègent les mineurs, les choix sexuels de chacun concernent chacun,
et en aucun cas l¹État.
Enfin, nous condamnons, avec la plus grande fermeté,
les affirmations antisémites dont sont porteurs des discours proférés ces
derniers temps au nom de l¹islam. Comme les femmes "impudiques" et
les homosexuels, les juifs seraient à abattre : "Ils ont tout, et nous
rien", a-t-on entendu dans la manifestation du 17 janvier. Nous voyons là,
à l’œuvre, l¹instrumentalisation du conflit israélo-palestinien par les
mouvements intégristes au profit de l¹antisémitisme le plus inquiétant. En
dépit de notre opposition à la politique menée actuellement par le gouvernement
israélien, nous refusons de nourrir une vision archaïque et fantasmatique du
"Juif" par l¹utilisation d¹un conflit historique et réel entre deux
peuples ; nous reconnaissons le droit à l¹existence d¹Israël, comme l¹ont fait,
successivement, le congrès de l¹OLP tenu à Alger en 1988 et le sommet de la
Ligue arabe réuni à Beyrouth en 2002 ; et c¹est dans cette reconnaissance que
s¹inscrit notre engagement aux côtés du peuple palestinien dans son droit de
fonder un État et de faire évacuer les Territoires occupés.
Nous sommes conscients que l¹islam a été mal reconnu en France, et qu¹il manque
de lieux de prière, d¹aumôneries et de cimetières. Nous sommes également
conscients que des jeunes Français issus de l¹immigration connaissent un retard
considérable dans leur promotion sociale, et une discrimination constatée par
tous les observatoires, et que l¹idée de laïcité " à la française " a
beaucoup perdu de sa valeur pour eux. Face à cette perte de valeur, deux voies
se présentent à eux : ou bien retrouver la force d¹une laïcité vivante,
c¹est-à-dire de l¹action politique au quotidien pour faire avancer leurs droits
et se revendiquer des acquis pour lesquels se sont souvent battus leurs pères
et leurs mères, qui appartenaient à des classes sociales, des cultures, des
peuples, des nations, avant d¹appartenir à l¹islam ; ou bien se reconnaître
dans une oumma fictive et informatisée, qui n¹a plus rien à voir avec
les réalités qui les entourent, et qui se drape dans des oripeaux républicains
ou tiers-mondistes pour mieux dessiner une société inégalitaire, répressive et
intolérante. Cette seconde voie ne peut être la nôtre.
Première liste des signataires
Sanhadja Akrouf, éducatrice ;
Tewfik Allal, syndicaliste ;
Mustapha Benallègue, enseignant chercheur
(retraité) ;
Fewzi Benhabib, physicien, enseignant ;
Chahla Chafiq-Beski, écrivain ;
Zakya Daoud, écrivain ;
Nabile Farès, écrivain, psychanalyste ;
Idir, chanteur ;
Kébir Jbil, président du MMLF (Mouvement des
Maghrébins laïques de France) ;
Hadj Ahmed Khélil, économiste ;
Fatimah Lalem, sociologue ;
Zineb Laouedj , poète, enseignante à
Paris-VIII ;
Waciny Laredj, romancier, enseignant à
Paris-III ;
Sahra Mekboul, universitaire au
CMERSS-Aix-en-Provence. ;
Karim Messaoudi, cadre administratif,
militant associatif ;
Arezki Metref, écrivain ;
Abderrahim Nejjarine, syndicaliste ;
Noureddine Saadi, écrivain ;
Leïla Sebbar, écrivain ;
Nassera Si Mohamed, cadre administratif,
militante associative ;
NadiaTazi,philosophe ;
Pour signer cette pétition :
pcmha@noos.fr
Pour tous contacts et
informations : 06 81 60 65 43