Université de Versailles/ Saint-Quentin,

Centre d’Histoire culturelle des sociétés contemporaines

SÉMINAIRE DE RECHERCHES

Rapports sociaux de sexe dans le champ culturel

Responsables : Geneviève Sellier et Eliane Viennot

 

Programme 2003-2005

 

De la légitimité en matière culturelle, pensée dans ses rapports avec le genre

 

           Longtemps, on nous a répété (certains le disent encore) que la “ création ” est une affaire d’hommes ; que les femmes sont lectrices, spectatrices, amatrices, animatrices… mais non point créatrices ; ou alors seulement à titre d’exception comme Labé, Lafayette, Vigée-Lebrun, Colette… Les exceptions s’étant multipliées au cours du dernier demi-siècle, nous nous sommes rassurées sur l’historicité de cette affaire : des conditions particulières, des obstacles précis, une oppression diffuse ou brutale avaient tenu les femmes loin de l’éducation et des lieux de culture, privées des moyens de s’affirmer, de s’exprimer ; les conditions changeant, elles n’allaient pas tarder à investir tous les champs autrefois désespérément vides de leur présence : la musique, la sculpture, l’architecture…

Après vingt à trente ans de recherches féministes, nous savons que ce scénario n’est pas le bon. Que l’impression d’un mieux – d’un nombre toujours plus grand de femmes reconnues pour leur œuvre – est un leurre… très ancien, lié à la proximité des temps où elles ont vécu et produit. Au milieu du XVIIIe siècle, au milieu du XVIIe siècle, la même impression s’imposait aux personnes éduquées ; des dizaines de femmes étaient alors célèbres pour leurs écrits, leurs peintures, leurs compositions… et même pour leurs travaux sur les femmes célèbres ! Mais qui sait, aujourd’hui, qu’elles ont existé, produit, été applaudies, admirées ? Qui ne voit que les créatrices de la première moitié du XXe siècle sont déjà en partie oubliées ? Qui ne voit, surtout, qu’après plus d’un demi-siècle d’égalité des deux sexes devant l’éducation, et même d’accès des femmes à des postes de responsabilité dans les musées, les conservatoires, les bibliothèques, les ministères, les radios, les journaux…, les expositions sur les œuvres de femmes sont toujours aussi rares ? les auteures toujours aussi peu enseignées ? les cheffes d’orchestre toujours aussi exceptionnelles ? le festival des films de femmes – vingt ans en 2003 – toujours aussi inconnu du grand public ?

L’expérience de cette résistance, aussi bien que les connaissances peu à peu livrées par les études féministes, nous conduisent ainsi à réaliser que les champs de la culture ne sont remplis d’hommes (de certains hommes) que parce que des idées toutes faites leur permettent de s’y croire attendus ; que des réseaux leur permettent de s’y établir ; que des mécanismes leur permettent de s’y imposer ; que des institutions leur permettent d’y survivre, d’y faire perdurer leur mémoire. La plupart du temps, les femmes ne bénéficient que faiblement, voire pas du tout, de ces supports. Elle ne bénéficient pas de légitimité. Et pourtant, elles créent. En connaissance de cause, pour certaines ; dans l’ignorance ou le mépris de ces contingences, pour d’autres ; et pour d’autres encore, dans l’illusion du “ temps venu ” de l’indifférence des sexes. Quant à la tradition, celle qui exclut les femmes et qui efface leurs traces, elle tend à se maintenir, grâce à la cécité ou à l’indifférence des un-e-s, à l’impuissance des autres… et au mythe du progrès – qui règlera tout ça.

 

Le séminaire Rapports sociaux de sexe dans le champ culturel invite, pour son programme 2003-2005, à réfléchir sur ces questions, dans l’approche pluri-disciplinaire et pluri-périodique qui est la sienne. Les thèmes abordés pourraient être :

- les discours sur la différence des sexes en matière culturelle ;

- la conscience des obstacles à la reconnaissance chez les femmes créatrices ; les stratégies (discursives, éditoriales, mondaines, claniques, sexuelles) développées pour y faire face (les “ bonnes ” et les “ mauvaises ”…) ;

- la conscience du traitement différentiel des sexes dans le champ culturel chez les hommes ; leurs stratégies pour enrayer ou pour accentuer la domination masculine ;

- les mécanismes concrets de la légitimation culturelle : qui décide ? sur quels critères ? le rôle des réseaux ; le rôle des idées reçues ;

- les institutions légitimantes et leur rapport à la différence des sexes : les pratiques concrètes du ministère de la Culture, des académies, des “ temples modernes ”, de l’école, de l’université, de la critique…

- la fabrication de l’histoire culturelle ; les phénomènes d’effacement, de conservation, de transformation (quelle ampleur ? quels critères ? dans quels buts ?…) ; “ histoires ” et manuels ;

- la spécificité ou non du champ culturel par rapport aux autres domaines (celui de la pensée, de la politique) ;

-  les liens entre la construction de la notion de “ création artistique ”, propre aux 19e et 20e siècles, et la délégitimation des femmes et/ou de certaines pratiques culturelles.

 

 

Calendrier 2003-2004

 

10 octobre : Julie Roy, post-doctorante, Québec / EHESS

Stratégies épistolaires et écritures féminines : les Canadiennes à la conquête des lettres (1639-1839)

 

14 novembre: Philip Ford, Professeur, Clare College, Cambridge

Ronsard et le créateur masculin

 

12 décembre : Sandrine Lely, doctorante, Paris 4

Stratégies de légitimation : l'exemple de l'Académie royale de peinture 1648-1791

 

9 janvier : Renaud Redien-Collot, MCF, Université de Picardie

Les femmes, le statut d’auteur et la démocratie, en France

 

6  février :  Juliette Rennes, doctorante, Paris I.

Les réactions provoquées par les "pionnières", les premières femmes à accéder aux professions masculines prestigieuses sous la IIIe République:

 

12 mars : Fanny Mazzone, doctorante, Université de Metz.

L'édition féministe littéraire - maisons, collections, revues - française post-68.

 

2 avril : Martine Duquesne, docteure, Paris 1/ UVSQ

Auteur/médiateur, signature/anonymat, création/service, masculinité/féminité. Les architectes dans leur relation à l’autorité.

 

14 mai : Noël Burch, Professeur émérite, Lille 3

Le refus des codes de la " féminité " et l'adoption des codes de la " masculinité " comme stratégie de légitimation chez des écrivaines et femmmes-cinéastes au XXe siècle.

 

le séminaire aura lieu le vendredi de 17h30 à 19h30, au Centre Universitaire de New York University 56 rue de Passy, 75016 Paris (Métro Muette ou Passy)

 

Contacts :

Geneviève Sellier : sellier.g@wanadoo.fr (56 rue de Paradis, 75010 Paris)

Eliane Viennot : EViennot@aol.com (6 rue Jean Monnet, 94270 Le Kremlin Bicêtre)