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Recommandation 1374 (1998)[1]
Situation des femmes réfugiées en
Europe
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L’Assemblée rappelle et réaffirme sa Résolution 1018
(1994) et sa Recommandation 1229
(1994) relatives à l’égalité des droits entre les hommes et les
femmes, sa Recommandation 1236
(1994) relative au droit d’asile, sa Recommandation 1261
(1995) relative à la situation des femmes immigrées en Europe,
sa Recommandation 1309
(1996) relative à la formation du personnel accueillant des
demandeurs d’asile aux postes frontière et sa Recommandation 1327
(1997) relative à la protection et au renforcement des droits de
l’homme des réfugiés et des demandeurs d’asile en Europe.
L’Assemblée rappelle également la Déclaration sur l’égalité
entre les femmes et les hommes, adoptée par le Comité des
Ministres le 16 novembre 1988.
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Tout en regrettant que les Etats membres du Conseil
de l’Europe ne procèdent pas de façon systématique à la collecte
d’informations et de statistiques fiables sur les femmes
réfugiées, l’Assemblée considère ce groupe de réfugiés comme
particulièrement vulnérable et soumis à des problèmes et des
discriminations spécifiques à son sexe.
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La dépendance accrue dans laquelle se trouvent les
femmes réfugiées ainsi que le rôle socioculturel et économique
traditionnel qu’elles remplissent dans leur pays d’origine
conduisent souvent à un manque de motivation, de confiance et
d’amour-propre, ce qui les place dans une situation nettement
défavorable par rapport à leurs homologues masculins dès leur
arrivée dans le pays d’accueil. C’est pourquoi l’Assemblée
reconnaît la nécessité de créer des conditions spécifiques qui
permettraient aux femmes réfugiées de surmonter ces
difficultés.
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L’Assemblée s’inquiète tout particulièrement de
certaines pratiques dont font l’objet les femmes réfugiées
pendant et après la procédure d’examen de leur demande dans les
pays d’accueil, pratiques qui risquent de déboucher sur des
violations des droits de l’homme.
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L’Assemblée estime que les Etats membres du Conseil
de l’Europe devraient éliminer toute discrimination liée au sexe
parmi les réfugiés et adapter le traitement des femmes réfugiées
à leur situation et à leurs besoins spécifiques.
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Par conséquent, l’Assemblée recommande que le Comité
des Ministres:
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charge ses comités compétents en la matière:
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de procéder à des échanges de vues sur ce
thème;
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d’examiner la possibilité de considérer les
persécutions dont font l’objet les femmes comme un critère
permettant d’accorder le statut de réfugié;
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de mettre en œuvre la Recommandation 1371
adoptée le 23 avril 1998 par l’Assemblée, visant à interdire
et à réprimer les mutilations sexuelles des
femmes;
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assure, dans les pays d’accueil les plus concernés,
le financement d’une vaste campagne d’information parmi les
personnels de santé et les groupes de réfugiés sur les
conséquences dangereuses des mutilations sexuelles pour la
santé, l’intégrité physique, la dignité des femmes et leur
droit à l’épanouissement personnel;
-
lance la mise en place d’un système européen de
collecte de données et d’évaluation des besoins concernant les
femmes réfugiées;
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encourage le développement de programmes visant à
l’intégration et à la réinsertion des femmes réfugiées, avec
notamment des pédagogies de soutien, des actions de formation
professionnelle et des programmes leur permettant de se
constituer un revenu;
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organise et soutienne activement la formation des
femmes réfugiées aux droits de l’homme et aux autres thèmes
apparentés dans le cadre de la préparation à un éventuel
retour;
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invite les Etats membres:
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à adopter des mesures garantissant la sécurité
physique des femmes dans les centres de réfugiés
conformément aux lignes directrices du Haut-Commissariat des
Nations Unies pour les réfugiés (HCR) sur la protection des
femmes réfugiées;
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à reconnaître le statut de réfugié aux femmes
dont la demande repose sur la crainte fondée de persécutions
pour les raisons énumérées dans la Convention de 1951 et le
Protocole de 1967 relatifs au statut des réfugiés, y compris
les persécutions par violences sexuelles ou celles fondées
sur le sexe;
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à s’assurer que les autorités responsables du
processus d’examen du statut de réfugié sont correctement
informées sur la situation générale des pays d’origine des
demandeurs, notamment en ce qui concerne la situation des
femmes, sur les éventuelles persécutions fondées sur le sexe
et sur leurs conséquences;
-
à revoir les politiques du personnel et du
recrutement des autorités concernées afin que celles-ci
disposent d’un nombre suffisant d’agents féminins et que, en
cas de demande d’octroi du statut de réfugié en raison de
persécutions liées au sexe, l’un de ces agents féminins soit
disponible;
-
à réexaminer les procédures et politiques en
matière d’octroi du statut de réfugié, en vue d’assurer aux
femmes déposant leur propre demande d’octroi du statut de
réfugié un accès indépendant à la procédure de détermination
du statut, même lorsqu’elles sont accompagnées d’un
homme;
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à réexaminer leur politique dans le domaine des
droits sociaux et de l’assistance sociale afin que les
femmes réfugiées ne soient pas contraintes de s’adonner à la
prostitution et en particulier qu’elles se voient offrir des
programmes de réorientation et de conseil ainsi que d’autres
possibilités réalistes de gagner leur vie;
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à organiser l’interdiction des mariages forcés,
en particulier celui des jeunes filles mineures, y compris
lorsque ces prétendus mariages sont célébrés hors du
territoire des Etats membres, en privant de tout effet
juridique ces unions, sauf au profit de la jeune fille
contrainte et des enfants éventuellement nés de l’union
(droit à une pension alimentaire pour elle-même et les
enfants éventuels), en qualifiant de viol toute relation
sexuelle imposée sans son consentement, en prévoyant que
cette union imposée est une cause péremptoire de divorce
constitutive de faute de la part du soi-disant mari, et,
enfin, qu’elle engage la responsabilité pénale et civile de
tous ceux qui auront prêté leur concours à cette prétendue
union sans recueillir le consentement libre et exprès de
chacun des époux, qu’il s’agisse des parents ou des
ministres des différents cultes;
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à informer tout migrant de ces dispositions et
des effets civils et pénaux de leur non-respect;
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à adopter des critères et des lignes directrices
relatives aux femmes en quête d’asile, afin de promouvoir
une approche féminine plus sensible et d’assurer le respect
des besoins spécifiques des femmes, notamment aux ports
d’entrée;
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à permettre l’accès à des services de santé
appropriés et à faire en sorte que du personnel médical et
social féminin (y compris des interprètes) soit disponible
pour les femmes réfugiées;
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à accorder davantage d’attention aux soins de
santé génésiques, avec notamment des conseils en matière de
maladies sexuellement transmissibles et l’accès au planning
familial et aux moyens de contraception, conformément au
manuel publié par le Fonds des Nations Unies pour la
population en collaboration avec l’Organisation mondiale de
la santé et le HCR;
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à dispenser des conseils professionnels et des
soins thérapeutiques dans le cadre d’une aide générale aux
femmes réfugiées ayant connu des expériences
traumatisantes;
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à encourager la création d’organisations non
gouvernementales œuvrant dans le domaine des réfugiés pour
aider ces derniers à surmonter les problèmes psychologiques
qui pourraient découler d’expériences
traumatisantes;
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à identifier les lacunes au niveau des
possibilités éducatives dont bénéficient les femmes
réfugiées et à mettre à leur disposition les moyens leur
donnant accès à l’éducation (garde d’enfants, séminaires
pour femmes réfugiées occupant un emploi, etc.);
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à apporter une assistance aux programmes conçus
pour faciliter le retour et la réinsertion des femmes, avec
notamment des programmes de formation et de constitution de
revenus liés à la situation dans le pays
d’origine;
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à coopérer de façon plus étroite avec le HCR et
les organisations non gouvernementales locales, et à
encourager la mise en réseau de leurs
activités.
1. Texte adopté par la Commission Permanente, agissant
au nom de l’Assemblée, le 26 mai 1998. Voir Doc. 8066, rapport de
la commission des migrations, des réfugiés et de la démographie,
rapporteur: Mme Johansson.
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